Le savon, c’est quoi ?

Pour moi, faire du savon s’apparente presque à de l’alchimie.
Mais voici un peu de chimie pure ! Le savon, c’est une équation simple, que beaucoup d’entre nous ont dû voir en cours de chimie au lycée. Néanmoins, elle garde une certaine part de magie :

CORPS GRAS
ALCALI
EAU
SAVON
GLYCÉRINE

et plus techniquement dans le cas d’un savon solide :

(R-COO)3 – C3H5
3NaOH
H2O
3R-COONa
C3H5 –(OH)3

Cette réaction chimique porte le doux nom de “saponification”. Bien qu’il s’agisse toujours de la même réaction chimique, tous les savons ne se valent pas, mais ça, j’en parlerai dans un autre article.

Le savon, c'est quoi ?

LES CORPS GRAS

Les corps gras utilisés dans la fabrication du savon peuvent être issus du monde végétal ou animal, de première pression à froid ou d’une extraction par solvant, raffinés ou vierges…

Les graisses animales

Les graisses animales sont utilisées depuis la nuit des temps dans la fabrication de savon. Il s’agit le plus souvent de graisse de bœuf ou de graisse de porc. On peut aussi utiliser de la graisse de canard voir même de la graisse humaine… Les inconditionnels de Fight Club, et je sais qu’il y en a, se souviendront des savons fait à partir de graisses issues de la liposuccion.
Aujourd’hui, il existe encore beaucoup de savons de grande consommation fabriqués à partir de graisse animale. Vous en trouverez probablement dans le supermarché le plus proche de chez vous, même parmi les marques les plus connus. Vous le dénicherez sous le nom de Sodium Tallowate (traduction : suif saponifiée à hydroxyde de sodium) pour la graisse de bœuf et Sodium Lardate pour la graisse de porc. Ces graisses possèdent 2 gros avantages pour la production de masse :

  • son coût est extrêmement faible car il s’agit d’un sous-produit de l’industrie de la viande,
  • son utilisation permet la fabrication d’un savon ayant une durée de vie assez longue car ce sont des acides gras saturés.

Plusieurs questions peuvent alors se poser :

  • Ai-je envie de me laver avec un produit animal ? Si l’on est végétarien ou végétalien, la question ne se pose même pas…
  • Est-ce cohérent d’utiliser un “déchet” et de le revaloriser ? On peut se dire, en toute logique, que cette démarche est écologique, mais ce schéma de pensée n’induit-il pas qu’on cautionne l’élevage intensif ?
    Et si on cherchait cette graisse chez un voisin agriculteur ?

Au risque de choquer certains, je pense que l’utilisation de graisses animales dans un savon est une décision personnelle d’ordre éthique. À chacun de faire son choix !

Les huiles végétales

Pour moi, ce choix était évident ! J’ai choisi les huiles végétales pour plusieurs raisons :

  • même si l’aspect écologique se défend, je ne me voyais pas travailler de la graisse animale…
  • il existe des centaines d’huiles végétales, de toutes provenances aux compositions différentes et souvent complémentaires, riches en acides-gras essentiels et en insaponifiables qui viennent protéger et nourrir la peau.

Chaque huile apporte des propriétés bien spécifiques au savon comme par exemple :

  • de belles bulles pour l’huile de coco,
  • de la douceur pour le beurre de karité,
  • des acides gras essentiels dont les omégas 3, 6 ou 9 qui viendront assouplir et protéger la peau,
  • des insaponifiables comme des tocophérols, des phytostérols, des vitamines, du squalène… qui amélioreront l’élasticité de la peau et restaurerons la structure cutanée,
  • etc.

Dans mon travail, j’affectionne particulièrement les huiles bio locales produites à Landroff (57) comme l’huile de chanvre, l’huile de tournesol oléique ou l’huile de cameline, mais aussi des huiles plus exotiques, dont j’essaie toujours d’avoir une traçabilité complète comme l’huile de tamanu que je fais venir de Madagascar.

L’ALCALI

L’hydroxyde de sodium

L’hydroxyde de sodium ou NaOH est une base forte qui permet de produire un savon solide. Aujourd’hui en France – et d’après mon fournisseur – l’hydroxyde de sodium est uniquement obtenu par électrolyses membranes du chlorure de sodium NaCL, plus communément appelé “sel de table”. Auparavant, et encore aujourd’hui dans certains pays, l’hydroxyde de sodium s’obtenait par électrolyse avec cathode de mercure, un procédé pas très propre…
Pas d’inquiétude, j’ai bien vérifié la provenance de mon hydroxyde de sodium ! Pas de mercure chez moi !

L’hydroxyde de potassium

L’hydroxyde de potassium est également une base forte qui permet de produire un savon mou ou liquide en dilution. Il est obtenu par électrolyse du chlorure de potassium KCl.

Et dans le savon ?

Qu’on se le dise, faire du savon n’est pas un jeu !
Chaque matière première est soigneusement sélectionnée. Elle est pesée avec précision avant d’être mélangée. Dans le savon, l’alcali n’est plus présent car il a entièrement réagi avec le ou les corps gras. D’ailleurs, mes savons sont tous surgras, c’est-à-dire qu’il y a une quantité d’huiles végétales qui n’est pas transformée en savon. Elle vient alors nourrir et protéger la peau.

L’EAU

L’alcali, qu’il s’agisse d’hydroxyde de sodium ou de potassium, se présente sous forme solide. Il doit donc être mis en solution pour être utilisé. Pour cela, j’utilise de l’eau, mais également des infusions ou encore du lait d’avoine ou du lait de chèvre.

Le savon, c'est quoi ?

LE SAVON

La molécule de savon est composée d’une tête hydrophile (qui aime l’eau) et d’une queue qui est lipophile (qui aime les corps gras). Cette spécificité permet au savon d’avoir une action lavante. Pour se faire, les queues lipophile des molécules de savon se fixent à la salissure. Les têtes, attirées par l’eau, permettent de détacher cette salissure. Les molécules de savon forment alors des micelles.

Cette propriété donne au savon le nom de tensioactif, c’est-à-dire qu’il modifie la tension superficielle de l’eau. C’est elle également qui permet au savon de former les belles bulles qui nous plaisent tant.

LA GLYCÉRINE

La glycérine ou glycérol, c’est le petit plus du savon. C’est cette molécule qui permet au savon de ne pas être qu’un agent détergent. Dans un savon, elle avoisine les 8 % du poids total du savon.

Pour schématiser, dans notre équation de base, le glycérol est attaché aux 3 acides gras. Cet ensemble compose ensemble le corps gras.

Au moment de la saponification, le corps gras se décompose. Les acides gras vont réagir avec l’hydroxyde de sodium – dans le cas d’un savon dur – et le glycérol va se libérer. Il sera alors sous forme libre dans le savon.

La glycérine est un agent humectant, c’est-à-dire qu’il permet de maintenir une certaine teneur en eau sur la surface de la peau. C’est aussi un agent adoucissant.

Dans la production industrielle de savon cette glycérine est séparée pour 2 raisons :

  • cet agent hydratant est très utilisé en cosmétique : extraite, son prix est bien supérieur à celui du savon,
  • il a tendance à encrasser les machines industrielles ou semi-artisanales, appelées des bondilloneuses ce qui nuit à la productivité.

COMMENT LES SAVONS SONT COLORÉS OU SENTENT SI BON ?

Durant la saponification, il est possible d’additionner au savon différents ajouts : colorants naturels ou de synthèse, parfums naturels ou de synthèse, charge, agent chélatant, conservateur…

Bien sûr, dans mes savons je choisi le naturel comme des argiles, des huiles essentielles bio ou encore des plantes et des épices, plutôt que des produits moins naturels dont les effets à moyen et long termes peuvent être nocifs pour la santé ou l’environnement.

ET LE SURGRAS DANS TOUT ÇA ?

Comme indiqué plus haut, tous mes savons sont surgras, entre 5 % pour les savons corporels et 7 % pour les savons visage. Ce surgras correspond à une part de corps gras – d’huile végétale dans mes savons – non saponifiée.
Dans la plupart des savons du commerce et même dans les savons pseudo-artisanaux, ce surgras est soit totalement inexistant soit d’environ 0,5-1 % pour pouvoir prétendre à cet argument, dans ce cas, purement marketing.

Lors du lavage, le film hydrolipidique est partiellement détruit, peu importe le produit que vous utiliserez. Le surgras vient alors hydrater la peau et favoriser la restructuration du film hydrolipidique.

Allié à la glycérine naturellement présente dans le savon, le surgras transforme votre savon issu de la saponification à froid  quotidien en vrai soin hydratant* qui laissera votre peau douce et hydratée. Fini les tiraillements que l’on peut ressentir avec un savon de Marseille !

* Le terme hydratant est souvent mal compris… hydrater ne veut pas dire apporter de l’eau à la peau par l’extérieur, mais éviter que la part hydrique de la peau ne s’évapore.

By | 2017-02-06T12:16:18+00:00 23 janvier 2016|Un peu de technique !|3 Commentaires

About the Author:

Depuis 2009, je me passionne pour la dermo-cosmétique naturelle. En 2016, j'ai créé à Strasbourg mon atelier de fabrication de savons et cosmétiques artisanaux. Mes produits sont tous certifiés bio par Ecocert selon le référentiel Cosmos Organic. Fabriqués à la main, chacun de mes soins est unique !

3 Comments

  1. Luciole 25 janvier 2016 à 20 h 37 min ␣- Répondre

    Super cet article ! Merci beaucoup ☺☺☺

  2. nabil 27 janvier 2016 à 1 h 52 min ␣- Répondre

    Cet article est important merci pour les détails et information mais je veux plus de détails pour la recette en mots commercial et chimique a bientôt merci…

  3. Patricia Estenaga 29 janvier 2016 à 9 h 46 min ␣- Répondre

    Merci pour cet article passionnant, à la fois très précis et didactique. Ça me donne vraiment envie de me remettre à la chimie, matière que j’avais pourtant boudée durant mes années de collège et lycée.
    Et surtout j’ai hâte de tester tes savons en vrai !
    À très bientôt.

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